Pourquoi une musulmane ne peut, religieusement, épouser un non musulman ?

Question :

Pourquoi une femme musulmane n'a-t-elle pas la possibilité, religieusement, de se marier avec un homme non musulman, alors qu'un homme musulman peut se marier dans certains cas avec une femme non musulmane ?

Réponse :

Tout d'abord il faut bien cerner le cadre de votre question. Et il faut pour cela rappeler une chose que beaucoup de musulmans et de musulmanes ignorent ou oublient lorsqu'ils emploient le terme "mariage mixte" : être musulman, ce n'est pas forcément être d'origine orientale ou africaine. L'islam est une religion universelle, et une personne de type européen peut tout à fait être musulmane, autant musulmane qu'une personne née dans une famille musulmane. Aussi, un homme qui était non-musulman et qui choisit de se convertir à l'islam n'est pas un non-musulman, mais un musulman à part entière, quels que soient son pays et sa famille d'origine et quelle que soit son ancienne religion. Le mariage d'une femme née dans une famille musulmane, avec un homme converti à l'islam (quels que soient son pays et sa famille d'origine et quelle que soit son ancienne religion) n'est donc pas "le mariage d'une musulmane avec un non-musulman", mais bien le mariage d'un musulman avec une musulmane. Ce cas n'est donc pas concerné par votre question, qui concerne donc uniquement le mariage d'une femme musulmane (quel que soit son pays d'origine) avec un homme qui garde sa religion non-musulmane (quel que soit son pays d'origine). Et vous voulez pourquoi l'islam demande d'éviter ce type de mariage (nikâh).

Les sources musulmanes interdisent effectivement à une musulmane d'épouser un non-musulman, tandis que, comme nous l'avons expliqué dans un autre article, le mariage d'un musulman avec une juive ou une chrétienne est autorisé sous certaines conditions.


Cette règle telle que la présentent nos textes :

C'est après Hudaybiyya (qui a eu lieu en l'an 6 de l'hégire) que le Coran a réglementé le mariage des musulmans avec des non-musulmans (Majmû' ul-fatâwâ, tome 32 p. 186) : il est alors demandé à ceux qui avaient fait de tels mariages de ne plus considérer le lien de tels mariages déjà établis comme étant impératifs (lâzim). C'est un verset de la sourate "Al-mumtahana" qui est venu apporter le changement : "O les croyants, lorsque les musulmanes viennent à vous en ayant émigré, éprouvez-les ; Dieu connaît mieux leur foi ; si vous constatez qu'elles sont croyantes, ne les faites pas retourner vers les non-musulmans ; elles ne sont pas licites pour eux et eux ne sont pas licites pour elles" (Coran, 60/10) (c'est-à-dire qu'il n'est pas licite pour ces musulmanes de se donner à eux et il n'est pas licite pour ces musulmanes de les recevoir en intimité) et "Ne retenez pas le lien conjugal [contracté auparavant avec] des non-musulmanes" (Coran 60/10). Le texte de ce verset englobe le mariage d'un musulman avec toute non-musulmane de même que le mariage d'une musulmane avec tout non-musulman : ceux qui étaient déjà établis ne sont plus impératifs (lâzim) (Ahkâm ahl idh-dhimma, tome 1 p. 344) et il ne faudra plus en faire de nouveaux (Majmû' ul-fatâwâ, tome 32 p. 186).

De même, le verset suivant de la sourate "Al-Baqara" – révélé peut-être après celui de "Al-mumtahana" d'après Majmû' ul-fatâwâ, tome 32 p. 180 – dit : "Ne vous mariez pas avec les mushrikât jusqu'à ce qu'elles soient musulmanes (...). Et ne mariez pas (vos parentes) avec des mushrikîn jusqu'à ce qu'ils soient musulmans (...)" (Coran 2/221). Le terme "mushrik" ne désigne habituellement pas la personne des Gens du Livre (ahl al-kitâb) ; c'est bien pourquoi d'autres versets font explicitement la différence entre "mushrik" et "ahl al-kitâb" ; ainsi "Wa la-tasma'unna min-alladhîna ûtul-l-kitâba min qab'likum wa min-alladhîna ashrakû..." ; "Lam yakun illadhîna kafarû min ahl il-kitâbi wal-mushrikîna...". En fait le terme "kâfir" est général et le terme "mushrik" particulier. Cependant, dans les cas où ce terme "mushrik" est utilisé seul, il est parfois synonyme de "kâfir" et désigne alors tout non-musulman, Gens du Livre y compris ; ainsi : "Innama-l-mushrikûna najas fa lâ yaq'rabu-l-masjid al-harâma..." englobe, selon Umar ibn Abd il-Azîz, les Gens du Livre aussi (Tafsîr Ibn Kathîr). Ceci car une certaine dimension secondaire du shirk n'est pas toujours absente : "Ittakhadhû ahbârahum wa ruhbânahum arbâban min dûnillâhi wal-massîha-b-na maryam (...). Sub'hânahû 'ammâ yushrikûn" (voir Majmû' ul-fatâwâ, tome 32 p. 180).
Mais même si on considère qu'ici, dans ce verset de "Al-Baqara" 2/221, le terme "mushrik" n'englobe pas les Gens du Livre et n'interdit que le mariage d'un musulman avec une polythéiste et le mariage d'une musulmane avec un polythéiste, alors de toute façon le verset de "Al-Mumtahana", que nous avons vu plus haut et qui avait été révélé avant ce verset de "Al-Baqara", a déjà interdit le mariage d'un musulman avec toute non-musulmane et le mariage d'une musulmane avec tout non-musulman.

D'un autre côté, cependant, la sourate "Al-Mâ'ïda" est parmi les dernières sourates à avoir été révélées (Majmû' ul-fatâwâ, tome 32 p. 180). Or, un de ses versets a, de l'interdiction des mariages sus-mentionnés, fait l'exception du mariage d'un musulman avec une chrétienne ou une juive : "Et les femmes vertueuses parmi les croyantes et les femmes vertueuses parmi les gens qui ont reçu le Livre avant vous, si vous leur donnez leur douaire, ceci étant sous la forme d'un mariage et non en gens de mauvaise vie ni en preneurs d'amantes" (Coran, 5/5). Ce cas de mariage est donc en soi autorisé.
Tous les autres cas (mariage d'un musulman avec une polythéiste, une agnostique ou une athée, et mariage d'une musulmane avec un juif, un chrétien, un polythéiste, un agnostique ou un athée) restent interdits et restent concernés par les versets sus-cités de la sourate "Al-Mumtahana" et de la sourate "Al-Baqara". Il n'y a pas de divergence d'interprétations à propos de cette règle ; il y a au contraire consensus sur cela.


Le pourquoi de cette règle :

Cette différence entre le mariage d'un musulman avec une juive ou une chrétienne et le mariage d'une musulmane avec un non-musulman est à comprendre par rapport à trois points :
# Primo, le mariage est quelque chose de très important, qui demande beaucoup plus que l'amour. En effet, en plus d'être fondé sur l'amour, un couple est aussi un équilibre qui se maintient au jour le jour, à force de compréhension mutuelle, de concessions, de dialogue et de volonté. Or, le fait d'avoir une sorte de non-reconnaissance de ses croyances, de ses valeurs et de son cadre de référence fragilise énormément les fondements du couple.
# Secundo, l'organisation de la famille en islam est telle qu'il y a une complémentarité des fonctions qui fait par exemple que le mari a le devoir de subvenir aux besoins de la famille, mais que l'épouse a le droit de ne pas subvenir à ses propres besoins matériels même si elle possède des biens. Cette différence des fonctions fait que l'épouse peut se retrouver dans une situation de dépendance par rapport au mari.
# Tertio, les musulmans et musulmanes reconnaissent tous et toutes comme véridiques Moïse et Jésus : celui qui ne reconnaît pas en eux d'authentiques messagers de Dieu, ayant reçu de Lui la révélation, n'est pas musulman.

C'est dans le cadre de ces trois particularités que l'on peut comprendre pourquoi un musulman peut se marier avec une juive ou une chrétienne (sous certaines conditions) mais qu'une musulmane ne peut pas se marier avec un non-musulman. En effet, au cas où une juive ou une chrétienne épouse un musulman, le responsable du foyer reconnaît sa foi en Moïse et Jésus, qui sont considérés comme d'authentiques messagers de Dieu. En revanche, les sources musulmanes n'ont pas permis le mariage d'une femme musulmane avec un juif ou un chrétien, parce qu'elle pourrait se retrouver dans une situation où le responsable du foyer ne reconnaît absolument pas sa foi et le message de Muhammad comme un authentique message de Dieu... Voilà pourquoi ce qui est possible dans un sens ne l'est pas dans l'autre.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le dimanche 14 août 2005 15:04
Modifié le lundi 04 juin 2007 07:49

Est-il permis d'aimer quelqu'un avec qui on n'est pas marié ?

Est-il permis d'aimer quelqu'un avec qui on n'est pas marié ?
A) Pour ce qui est d'aimer celui (si on est une femme) ou celle (si on est un homme) avec qui on va bientôt se marier (la demande de mariage a déjà été faite et acceptée), cela est normal. Le Prophète (sur lui la paix) a dit : "Il n'a pas été constaté de meilleure chose que le mariage pour deux personnes qui s'aiment" (rapporté par Ibn Mâja, authentifié par Al-Albânî).
Même chose pour quelqu'un qui désire se marier et qui éprouve un sentiment sain vis-à-vis d'une personne précise. La meilleure chose à faire est de se marier (voir notre article "Comment se marier ?").

B) Par contre, pour ce qui est de tomber amoureux(se) d'une personne autre que dans le cas ci-dessus, alors :
B.1) Il faut bien s'assurer qu'il ne s'agit pas d'un "coup de foudre", cette attirance façon feu de paille qui ne se fonde sur rien de tangible et qui disparaît très rapidement. Si c'est juste "un coup de foudre", alors il faut se résigner et attendre que "ça passe". En attendant, il ne faut pas qu'on soit entraîné dans l'interdit (parmi lesquels figurent les relations intimes entre personnes non mariées, les baisers entre elles, etc.).
B.2) Si ce n'est pas "un coup de foudre" mais un sentiment réel et profond, alors il ne faut pas qu'on soit entraîné dans l'interdit. La meilleure chose à faire est de se marier avec cette personne qu'on aime (cf. Zâd ul-ma'âd, Ibn Qayyim) (voir notre article "Comment se marier ?").
B.3) Et si le mariage n'est pas possible, alors il faut se résigner à accepter ce qu'on ne peut changer, et non pas entretenir cet amour et / ou tomber dans ce que Dieu et Son Messager ont interdit
B.4) Enfin, il faut ajouter à tout cela que l'islam a pris deux mesures importantes qui ont une incidence sur le sujet dont nous parlons ici :
1) Les hommes comme les femmes devant recouvrir leur 'awra devant tous ceux qui ne sont pas proches parents, les occasions d'attirance purement corporelle vis-à-vis d'une personne que l'on a juste entrevue sont plus rares. De même, l'interdiction des contacts corporels (al-muzâhama) et des occasions de se retrouver seuls (al-khalwa) ont le même effet.
2) L'islam demande à l'homme et à la femme d'embellir leur c½ur par l'amour pour Dieu. Cet amour doit dépasser tout autre amour, même celui qu'on ressent et qu'on doit ressentir vis-à-vis de son époux(se) et de ses enfants. La présence de cet amour doit rendre plus difficiles les occasions de coup de foudre.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le dimanche 14 août 2005 15:01
Modifié le vendredi 19 août 2005 13:35

Pourquoi l'islam ne permet pas les relations sexuelles hors mariage ?

Pourquoi l'islam ne permet pas les relations sexuelles hors mariage ?
[C] considèrent que la sexualité est marquée négativement ; la sexualité, dernier recours, a comme objectif la procréation, et la contraception est en temps normal une mauvaise chose ; on peut ne pas être d'accord avec [ces religions], mais elles vont jusqu'au bout de leur logique.
D'un autre côté, l'Occident contemporain considère que la sexualité est une chose tout à fait normale, participant de la vie physique de l'humain, et qu'elle peut être vécue entre deux personnes consentantes, même dans le cadre d'une rencontre d'un soir ; on peut ne pas être d'accord avec cet aspect de la civilisation occidentale, mais celle-ci va également jusqu'au bout de sa logique.
Par contre, ce que je ne comprends pas avec l'islam c'est qu'il considère que la sexualité n'est pas une chose marquée négativement mais tellement normale qu'on peut même avoir recours à des moyens contraceptifs et rechercher le seul plaisir sexuel (c'est ce qu'un de vos articles dit) et qu'on peut vivre sa sexualité pleinement (c'est ce qu'un autre de vos articles dit). Tout cela est très beau, mais pourquoi l'islam ne permet-il cette sexualité que dans le cadre du mariage (comme vous le dites aussi) ? Après tout, quelle différence y a-t-il vraiment entre une sexualité épanouie, vécue comme un don partagé de soi, dans le cadre d'une rencontre d'un soir, et la même sexualité épanouie, vécue elle aussi comme un don partagé de soi (puisque vous dites aussi qu'une femme ne peut être donnée en mariage contre son gré) dans le cadre du mariage (qui – et vous le dites aussi – n'est pas un sacrement car il peut être rompu par un divorce) ?! C'est ce que je ne comprends pas avec l'islam.


Réponse :

Ce que vous avez rapporté concernant la façon qu'a l'islam de voir la sexualité est vrai : la sexualité n'y est pas marquée négativement, elle peut être vécue pleinement et de façon épanouie, et on peut – à condition que l'objectif et le moyen utilisé ne contredisent aucun principe de l'islam – avoir recours à une contraception (voir mon article concernant la contraception). Il est vrai aussi que cette sexualité doit être vécue dans le cadre du mariage, qui n'est pas un sacrement mais un contrat conclu entre deux personnes consentantes devant des témoins, qui peut, en cas de raison valable, être rompu. Quelle différence, me demandez-vous, entre une telle sexualité vécue dans le cadre du mariage et la sexualité totalement libre qu'autorise l'Occident ?


Dans l'éthique occidentale

L'éthique occidentale est une éthique sécularisée et socialisée. Le lien vertical – qui est un lien spirituel vis-à-vis de Dieu – a dû s'effacer de l'espace public pour permettre un lien transversal qui soit réellement basé sur l'équité ; ce lien transversal est donc resté le seul digne d'attention (voir mon article : Pourquoi l'Occident a-t-il adopté la laïcité ?). Aussi, tout est permis ou presque dès qu'on ne fait ni directement ni indirectement du tort à quelqu'un d'autre. C'est ce qui explique qu'en matière de sexualité également, tout est permis ou presque dès lors : 1) que le ou la partenaire est consentant(e), 2) que l'on ne lui fasse pas de mal, 3) que l'on prend ses précautions pour éviter de transmettre des maladies, 4) et qu'on évite les grossesses causes de problèmes (quand les jeunes sont encore étudiants ou lycéens, etc.).
L'Occident fixe quand même un âge minimum pour qu'une jeune fille ait des relations intimes mêmes consenties : il s'agit de l'âge de 15 ans en France. En deçà de cet âge, le consentement de la jeune fille n'est pas considéré comme valable car la jeune fille est supposée n'avoir pas atteint suffisamment de maturité au moins sur le plan psychique pour consentir à des relations intimes : il s'agit, en clair, d'une protection de l'enfance, ce qui rejoint le point 2) : ne pas faire du mal à autrui.


Dans l'éthique musulmane

L'éthique musulmane interdit elle aussi, bien entendu, les viols, le mal fait à sa partenaire, la volonté de transmettre des maladies. Mais elle interdit également les relations sexuelles hors mariage. "(Les croyants,) ceux qui préservent leur sexe [de tout rapport] si ce n'est avec leur épouse..." (Coran 23/5-6). Ceci s'explique par le fait que si l'éthique musulmane tient elle aussi compte du lien transversal, elle entend également et dans le même temps tenir compte du lien vertical – le lien spirituel avec Dieu. Or, certes, dans le cadre du mariage comme dans les rencontres d'un soir ou l'union passagère, l'homme et la femme vivent de façon consentie leur sexualité. Mais, parallèlement à ce point que mariage et fornication ont en commun, c'est par rapport à la spiritualité vécue comme un lien vivant avec Dieu qu'une différence essentielle existe entre eux.

Dans les rencontres d'un soir ou d'un weekend et dans l'union temporaire, l'objectif est unique : la satisfaction pure de l'instinct sexuel. Or, la nature humaine ne se résume pas à de la sexualité. Et une fois qu'on a rendu permises les relations sexuelles dans le cadre du simple consentement mutuel, sans besoin d'être mariés, rien n'empêche des êtres humains d'avoir comme objectif la recherche de toujours plus de plaisir sexuel avec de toujours nouveaux partenaires (voire même plusieurs à la fois). Il s'agit alors, clairement, de l'instinct vécu en excès car vécu sans prise en compte des autres aspects de la nature humaine. Or, si l'islam n'enseigne pas que vivre sa corporalité serait une entrave à la spiritualité, par contre il enseigne que l'excès dans la corporalité est une entrave à la spiritualité. Si on laisse son instinct dominer, on est en déséquilibre par rapport aux exigences de son âme. C'est bien pour exprimer cette réalité que le Prophète a dit : "Celui qui a des relations sexuelles hors du cadre voulu ne le fait pas en ayant la foi" (rapporté par Al-Bukhârî, n° 6424). Bien évidemment, cela ne veut pas dire que le musulman qui le fait a complètement perdu la foi et quitté l'islam (Kitâb ul-îmân, Ibn Taymiyya, p. 283). Cela veut dire, comme l'a dit Ibn Abbâs, qu'au moment de commettre cet acte, il n'a pas "la lumière de la foi" (cité par Al-Bukhârî, kitâb ul-hudûd, bâb n° 2). En effet, il s'agit d'un acte de pure recherche de la satisfaction de l'instinct, qui exprime un déséquilibre par rapport à la spiritualité (Hujjat ullâh il-bâligha, tome 1 p. 471).
Voilà pour les méfaits des relations extra-matrimoniales sur le lien vertical, avec Dieu. Mais même sur le plan transversal les méfaits sont là, discrets mais visibles pour qui y réfléchit. En premier sur les valeurs familiales, qui tendent à se diluer au profit de valeurs individualistes (puisqu'on n'a plus besoin de former un couple stable pour vivre sa sexualité). Et de nouvelles et curieuses formes de familles apparaissent : monoparentales, homosexuelles... au détriment des droits des enfants, qui ont besoin d'un cadre établi et de repères paternels et maternels pour se développer pleinement sur le plan affectif et psychologique. Une telle sexualité ne peut non plus ne pas avoir des répercussions sur l'échelle des valeurs de chaque individu. Elle appelle plus de liberté des m½urs, plus de libertés des corps, permet toujours plus d'appels à l'endroit des regards pour plus de libertés par rapport aux fidélités. Enfin, une telle sexualité se fait souvent aux détriments de... la femme. En effet, combien de femmes se plaignent d'avoir été d'abord séduites par un homme qui leur avait tout promis, puis, après avoir offert à celui-ci ce qu'il attendait d'elles, s'être vues jetées par lui, au profit d'une autre femme ! Et combien de femmes qui, suite à une relation non suffisamment protégée, sont tombées enceintes, se sont vues proposer par celui qui les avait séduites d'avorter. Combien de femmes, qui ont alors refusé de détruire l'être qu'elles portaient en elles, se sont vues être totalement abandonnées par celui qui avait dit les aimer du fond du c½ur. Une femme n'est pourtant pas un kleenex qu'on jette après usage !
Sexualité sans cadre, sexualité sans sentiments, sexualité sans engagement, sexualité sans responsabilités. Jouissance d'une nuit suivie du gris de l'aube et de la journée, quand on se retrouve seul(e). Nouvelle quête pour trouver un nouveau moment de plaisir l'instant d'une nuit ou d'une fin de semaine. Avant, de nouveau, la solitude affective. "L'union des deux c½urs avant l'union des deux corps, comme cela se fait dans le mariage, n'est-elle pas chose bien meilleure que la seule union de deux corps lors de la fornication ?" (d'après Majmû' ul-fatâwâ, Ibn Taymiyya, tome 15 p. 362).

Dans le mariage, l'objectif de la satisfaction sexuelle est intégré à un cadre plus général : les deux personnes font non seulement un consentement mutuel mais font également l'engagement mutuel de vivre perpétuellement ensemble, de s'entraider, d'être responsables des conséquences de la relation sexuelle qu'ils vont avoir (naissance d'enfant) et d'élever ensemble cet ou ces enfant(s). Pour l'islam, le mariage n'est pas un sacrement mais un contrat d'un type particulier qui est convenu entre deux personnes consentantes devant des témoins, et qui peut être rompu ou résilié. Il n'est nullement obligatoire que ce contrat particulier soit conclu en présence d'un théologien ou d'un imam, ni même qu'il soit conclu dans une mosquée. Le mariage n'est que l'extériorisation de l'engagement et de la prise des responsabilités. Dès lors, dire que le mariage est le seul cadre où s'exprimera la sexualité entre un homme et une femme, c'est dire que cet homme et cette femme devront, avant de profiter chacun du corps de l'autre, s'engager et prendre leurs responsabilités. Il n'y a pas ici recherche de la satisfaction pure de l'instinct, il y a une recherche de la satisfaction de l'instinct qui est englobée dans un cadre de responsabilités et de solidarité. La différence avec la fornication (zinâ) est patente. Et elle explique pourquoi le Prophète (sur lui la paix) a dit que les relations sexuelles entre époux sont un acte rapportant récompense auprès de Dieu. A ses Compagnons qui s'en étonnaient, il dit que puisque celui qui le faisait dans l'interdit faisait un acte interdit, celui qui le faisait de la façon permise faisait un acte méritant récompense de la part de Dieu (rapporté par Muslim).

Par le contrat que constitue le mariage (devant être conclu devant deux témoins au minimum), l'homme témoigne de son engagement dans sa relation avec cette femme. Par le douaire (mahr), il témoigne de son affection pour la femme avec qui il est en train de se marier (le mahr est un présent – nihla, comme le dit le Coran 4/4) ; de même, l'homme témoigne ainsi de son engagement dans cette relation (qui n'est pas temporaire mais perpétuelle) ; enfin, en donnant ce présent, il montre qu'il va, conformément à ce que dit l'islam, continuer à dépenser de ses biens pour subvenir aux besoins de la femme qu'il va épouser, qui sera nourrie, logée, blanchie et soignée à ses frais à lui, même si elle possède des biens qui lui sont propres (cf. Fatâwâ mu'âssira, tome 2 pp. 343-345).

Ce cadre du mariage, Dieu l'a décrit comme étant un cadre où il y a engagement pour l'autre, où il y a amour et tendresse. "Et parmi ses signes il y a le fait qu'Il a créé pour vous, de vous-mêmes, des épouses afin que vous éprouviez la tranquillité auprès d'elles, et le fait qu'Il a mis entre vous de l'amour et de la tendresse. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent" (Coran 30/21). "Et Dieu a créé pour vous, de vous-mêmes, des épouses, puis vous a donné par vos épouses des fils et des petits-fils, et vous a donné à manger des choses délicieuses" (Coran 16/72). "Et Il est Celui qui a créé à partir de l'eau une espèce humaine, puis lui a donné une filiation et un lien de mariage..." (Coran 25/54).

Vous avez raison : le divorce est possible en islam ; mais sachez qu'au moment où les deux personnes se marient, elles font un contrat prévu normalement pour durer de façon perpétuelle. C'est bien pourquoi le mariage explicitement conclu avec une durée temporaire ("nous nous marions pour un an") a été strictement interdit par le Prophète en l'an 8 de l'hégire (rapporté par Muslim, n° 1406). De même, comme Shâh Waliyyullâh l'a écrit, si deux personnes ont recours au mariage à durée officiellement perpétuelle mais, dans leur c½ur, ont comme seul objectif de profiter d'un nouveau partenaire pendant quelque temps et de divorcer juste après, alors certes elles respectent la forme du cadre juridique voulu, mais sur le plan spirituel – entre elles et Dieu – il n'y a pas de différence entre elles et les personnes qui vivent leur sexualité sans avoir du tout recours au mariage (Hujjat ullâh il-bâligha, tome 1 p. 367). Et c'est encore pourquoi certes, le divorce est entièrement possible, mais il est perçu comme le dernier recours, quand la vie commune n'est plus possible. Cela ressort de ce qu'ont écrit Ibn Taymiyya, Ibn Hajar et Shâh Waliyyullâh ; cliquez ici pour lire mon article au sujet du divorce.

(Les autres explications, données plus haut, sont inspirées de Hujjat ullâh il-bâligha, tome 2 pp. 341-342 et tome 1 p. 319.)


Différentes façons de percevoir la sexualité :

Bref, on peut percevoir la sexualité de deux façons différentes :

A) Soit on dit qu'il s'agit d'une chose marquée négativement, d'un vestige animal dans l'être de l'homme. C'est l'attitude de certaines religions, comme vous l'avez souligné.

B) Soit on dit qu'il s'agit de quelque chose de naturel et que les êtres humains peuvent la vivre de façon épanouie. Ce cas B peut ensuite lui-même être perçu de deux façons différentes :
B.1) soit on dit que la sexualité épanouie c'est une sexualité sans frein et sans limites, et on confond alors liberté et permissivité, de même qu'on perçoit la liberté comme étant le fait de réussir à reculer le plus possible les normes et les limites. C'est l'attitude de l'Occident contemporain ;
B.2) soit on dit que la sexualité permissive est en excès par rapport aux autres aspects de la nature humaine, et que la sexualité épanouie ne doit pas empêcher les autres aspects de la nature humaine – dont la spiritualité – d'être épanouis ; pour cela, cette sexualité doit être vécue dans un cadre d'engagement et de responsabilités : celui qu'exprime le mariage, qui n'est qu'un contrat en islam. A l'intérieur de ce cadre, la sexualité est libre dans la mesure où, si elle doit respecter certaines limites, elle ne dépend pas de formes imposées une fois pour toutes mais est laissée à la discrétion et à l'imagination des deux partenaires. C'est là l'attitude de l'islam.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le dimanche 14 août 2005 14:43
Modifié le lundi 04 juin 2007 07:25

Que dit l'Islam sur l'adultère et la fornication ?

Que dit l'Islam sur l'adultère et la fornication ?
L'adultère (avoir des relations sexuelles avec une personne autre que son conjoint en dehors du cadre du mariage) et la fornication (avoir des relations sexuelles hors du cadre du mariage) sont tous deux désignés par le terme arabe "zinâ". Le "zinâ", sous toutes ses formes est strictement interdit en Islam et est considéré comme un péché capital. Allah dit à ce sujet dans le Qour'aane:

"Ne vous approchez pas de la fornication. C'est une abomination et une voie pleine d'embûches".

(Verset 32 / Sourate 17)

Ce qui est à noter de ce passage du Qour'aane, c'est qu'Allah n'y interdit pas seulement la fornication. Il interdit même de s'en approcher. Il y a de multiples raisons qui sont à l'origine de l'interdiction de cet acte, mais les deux principales raisons sont les suivantes:

Tout d'abord, le "zinâ" fait disparaître la pudeur -notion morale essentielle pour toute société- et porte gravement atteinte à la dignité humaine -"al ghayrah": Quel être humain digne apprécierait en effet que quelqu'un fasse le zinâ avec sa propre mère, sa soeur ou sa fille ?...

Ensuite, la fornication et l'adultère mettent tout deux en danger la sauvegarde de la pureté des relations filiales. Pour vous faire une idée de la gravité de ce péché en Islam, je vous propose de lire les Hadiths suivants du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam):

"Celui qui fornique n'est pas croyant au moment où il commet l'adultère..."



"Lorsque le serviteur commet l'adultère, la foi sort de lui et se transforme en une ombre qui couvre sa tête..."



Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) raconte un de ses rêves (les rêves des prophètes sont véridiques) en ces termes: Je partis en compagnie de Djibraïl (alayhis salâm) et de Mikhâïl (alayhis salâm), et nous arrivâmes à une place semblable à un four dont l'orifice était étroit tandis que le fond était vaste, d'où nous entendîmes un bruit confus. Nous regardâmes et nous vîmes des hommes et des femmes nus qui criaient quand ils recevaient les flammes d'en dessous. Je demandai à Djibraïl (alayhis salâm): "Ô Djibrâïl (alayhis salâm) ! Qui sont ces gens là ?" Il répondit: "Ils sont ceux ont commis l'adultère. Et ils recevront ce châtiment jusqu'au Jour Final"



"Ô musulmans ! Évitez la fornication , car elle comprend six mauvaises qualités: trois qui apparaissent dans ce bas monde et trois dans la vie future. Celles du bas monde sont: la disparition de la splendeur du visage, une vie très courte et une pauvreté permanente. Quand à celles de la vie future; le courroux d'Allah, le mauvais compte et le châtiment du Feu."



Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) en décrivant l'Enfer a dit en ce sens: "Il y aura des scorpions de la taille d'un mulet, qui auront soixante dix aiguillons dont chacun contiendra une source de poison. Ce scorpion piquera le fornicateur et videra son poison dans son corps, et il sentira son mal pendant une durée de mille ans. Puis sa chair sera réduite en charpie, et le pus et la matière purulent couleront de sa verge."



Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) a aussi dit en ce sens: "Les sept cieux et les sept terres maudissent la personne mariée qui commet l'adultère. En Enfer, une puanteur tellement forte se dégagera des parties privées de ce genre de personne que même les gens en Enfer la supporteront avec difficulté. En plus de leur châtiment en Enfer, ils y seront continuellement avilis et déshonorés."

Qu'Allah nous préserve tous de ces péchés et des ces châtiments.

Âmine.

(Sources: Les Péchés Kabiras et Tafsîr Mazhari)

Wa Allâhou A'lam !

Et Dieu est Plus Savant !
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le dimanche 14 août 2005 14:37
Modifié le vendredi 19 août 2005 13:39

La masturbation est-elle permise en islam ?

La masturbation est-elle permise en islam ?
Pour l'islam, la sexualité et tout ce qui y a trait fait partie de la nature humaine, et il n'y a pas de tabou lié à ce sujet. Par contre il y a en islam, au sujet de la façon de vivre la sexualité comme au sujet de la façon de vivre toute chose, des limites à respecter.
Pour l'islam, l'instinct sexuel ne doit pas être refoulé et considéré comme en soi une mauvaise chose. Mais il ne doit pas non plus être flatté sans cesse. Il doit être orienté. C'est pourquoi les sources musulmanes (Coran et Hadîths) enseignent que le cadre matrimonial est le seul cadre autorisé pour vivre sa sexualité (voir Coran 23/5-6). L'avantage de cette mesure, c'est que l'instinct sexuel sert de la sorte de tremplin à la fondation de familles. Un des objectifs d'un jeune musulman devrait donc être de chercher à gagner sa vie honnêtement pour pouvoir fonder un foyer.

Quant à celui qui ne le peut pas, un autre verset s'adresse à lui en ces termes : "Et que ceux qui n'ont pas de quoi se marier cherchent à rester chastes jusqu'à ce que Dieu les enrichisse par Sa Grâce"24/33). Car "ceux qui cherchent [la satisfaction de l'instinct sexuel] au-delà de cela [le cadre matrimonial], eux sont ceux qui dépassent." (Coran 23/7). Or, la masturbation relève justement de ce qui est "au-delà du cadre permis" par les sources musulmanes, et, en tant que telle, est interdite.

Au cas où un jeune homme n'a pas les moyens de se marier et ressent une très forte poussée de l'instinct, le Prophète Muhammad (sur lui la paix) lui a enseigné de faire des jeûnes (rapporté par Al-Bukhârî). Un tel jeune homme devrait également s'occuper à des activités permises (sport autorisé, art autorisé, etc.), qui lui permettraient de penser à autre chose (cela sans pour autant faire de refoulement psychologique, car si l'instinct sexuel doit se vivre dans l'intimité et avec pudeur, il n'en est pas moins quelque chose de naturel dont il ne faut pas avoir honte de l'existence en soi). Cela devrait lui permettre de "rester chaste jusqu'à ce que Dieu l'enrichisse par Sa Grâce", comme énoncé dans le verset ci-dessus.

Malgré tout cela, il peut arriver qu'un jeune homme ressente une poussée de l'instinct telle qu'il "n'en puisse plus" et qu'il craigne de tomber dans la fornication (az-zinâ, relation sexuelle hors du cadre du mariage). Dans ce cas et en dernier recours, face à deux maux (la fornication et la masturbation), certains savants musulmans sont d'avis qu'il peut être amené à avoir recours au moindre mal (cf. Al-halâl wal-harâm, p. 153, et aussi Fatâwâ Ibn Taymiyya, tome 34 p. 230), et ce seulement s'il y a risque réel pour lui de tomber dans la fornication. C'est ce qui est connu en droit musulman comme "akhaffu-dh-dhararayn" (le moins grave de deux maux). Soulignons-le : cela reste quelque chose du dernier recours uniquement, et seulement si le jeune n'a vraiment pas les moyens de fonder un foyer et qu'il craint vraiment de tomber dans un mal plus grave.
La question qui se pose ici est : pratiqué dans ce cas du dernier recours, l'acte de masturbation reste-t-il quand même interdit, ou bien, à cause de la nécessité existante, devient-il alors autorisé ? Ibn Taymiyya (Fatâwâ Ibn Taymiyya, tome 34 p. 230) a rapporté à ce sujet les deux avis chez les savants :
# l'avis disant que cela reste quand même un acte interdit mais que l'on n'y aura recours que pour ne pas tomber dans un mal plus grand ; cet avis signifie qu'il faudra demander pardon à Dieu. Il faut veiller cependant à ne pas faire ici non plus de refoulement psychologique. Le meilleur moyen d'éviter un tel refoulement est justement de s'en ouvrir à Dieu et de Lui en parler longuement. Car c'est bien à partir des Paroles de Dieu et de celles de Son Messager que les savants musulmans ont extrait les principes et les règles détaillées du droit musulman. Pourquoi, donc, ne pas en parler à Dieu ? C'est Lui qui sait, c'est Lui qui pardonne - Il est Miséricordieux - pour ce qui relève des devoirs qu'on a envers Lui, et non pas les hommes (il n'y a pas de confession à des hommes en islam).
# l'avis disant que dans ce cas uniquement cet acte devient permis ; cet avis signifie – c'est évident – que l'on n'aura pas fait là quelque chose d'interdit. Cependant, dans ce cas, où un jeune ne verrait pas d'autre possibilité que ce recours, il devrait rester discret sur ses pratiques, sans faire pour autant un refoulement psychologique.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).


Seconde question :

Vous avez répondu à cette question à propos de cette pratique sexuelle chez les hommes. Je voudrais savoir ce qu'il en est chez les femmes. Est-ce que les avis juridiques sont pareils pour l'homme et la femme ou y a-t-il une différence ? Merci.


Réponse :

Nous n'avons pas trouvé d'avis faisant la distinction entre l'homme et la femme à ce sujet. Les mêmes règles s'appliquent apparemment à la femme comme à l'homme à ce propos. Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

Nous aimerions simplement dire que si, souvent, ce sont des hommes qui posent cette question et que la réponse leur est donnée à eux, c'est parce que la testostérone, hormone du désir, est beaucoup plus présente chez l'homme que chez la femme. Voici ce qu'on peut lire à ce sujet : "Sous son influence, 91 % des garçons ont recours à la masturbation. Le taux de testostérone est 20 fois moins élevé chez les filles, ce qui explique que moins de 50 % d'entre elles s'adonnent à cette pratique" (Ca m'intéresse, juillet 1997, p. 58).

Enfin, nous aimerions souligner que tout au long de cet article, il n'a pas été développé l'idée qu'au regard de l'islam, la masturbation serait une pratique sexuelle parmi tant d'autres, mais qu'au regard des avis de savants musulmans - avis fondés sur les sources musulmanes - il s'agit en temps normal de quelque chose d'interdit. Et qu'en cas de dernier recours, il y a divergence d'avis quant au fait de savoir si cela reste quand même interdit ou si cela est permis à cause de la nécessité.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le dimanche 14 août 2005 14:31
Modifié le lundi 04 juin 2007 07:19